Retour sur Indietracks 2014

Indietracks 2014Comme chaque année, lors du dernier week-end de juillet, des passionnés se rassemblent afin de célébrer ce qui pourrait être qualifié de fête internationale de l’indiepop. Cet été encore, nous avons eu la chance de faire partie des centaines de pèlerins venus se ressourcer dans le Derbyshire, sur les Saintes terres d’Indietracks. Alors que les dates de l'édition 2015 viennent d'être annoncées - 24, 25, 26 juillet - revenons en détail sur les concerts de cette année.

Le vendredi soir, une seule des cinq scènes est ouverte. Pas besoin de courir entre deux concerts, il est simplement question de reprendre ses marques et de se plonger à nouveau dans l’ambiance singulière du site. L’heure est également aux retrouvailles: les festivaliers sont pour la plupart des habitués et la soirée inaugurale offre pour beaucoup une première occasion de rattraper le temps perdu autour d’une bière chaude.

Bien sûr, c’est avant tout pour la musique que chacun a fait le voyage et cette année, c’est aux Teen Canteen qu’est revenu l’honneur de lancer les festivités. A grand renfort d’harmonies vocales particulièrement maîtrisées, les Ecossaises ont su relever le défi avant de passer le témoin à Spearmint.

L’heure est à la nostalgie puisqu’après un set plutôt plaisant des Londoniens, nous replongeons un peu plus dans le passé avec les vétérans de The Chills. Les Néo-Zélandais ne tarissent pas d’enthousiasme. Pourtant, il manque ce « je ne sais quoi » pour faire définitivement chavirer nos cœurs. 

 

The Chills

 

Le temps passe malheureusement très vite et il est déjà l’heure pour la tête d’affiche de la soirée de monter sur scène. Allo Darlin’ joue en terrain conquis. Cela n’a rien d’étonnant lorsque l’on sait qu’Elizabeth Morris et ses compagnons font au moins leur troisième apparition à Indietracks. Si nous regrettons ce choix de programmation, force est de reconnaître que le public est à la fête et c’est probablement ça le principal. A défaut, nous découvrons en toute discrétion le confort, l’intimité et la convivialité du train, reconverti en bar, situé auprès de la scène couverte.

Samedi, il est presque 13 heures lorsque nous foulons de nouveau notre terrain de jeu du week-end. Nous décidons d’aller découvrir Ace City Racers, dont le morceau sur le sampler avait attisé notre curiosité. Pas de mauvaise surprise au rendez-vous : le set est énergique à souhait et lance joliment la journée.

 

Ace City Racers

 

Après quelques morceaux de Skeletal Shakes, nous choisissons de camper devant la grande scène afin de ne pas rater une seule seconde du concert de The Royal Landscaping Society. Après un line-check laborieux et un faux départ qui nous auront permis d’apprécier plusieurs fois les arpèges oniriques de Goodbye, les Espagnols enchaînent leurs titres avec brio en glissant ci et là quelques reprises bien senties (Brighter, The Field Mice). Par ailleurs, le quatuor s’est illustré en invitant sur scène deux guest-stars de choix : Andreas Jonsson (Alpaca Sports) et Cristina Quesada. Cette réunion n’est pas anodine puisque les six musiciens en profitent pour interpréter une version live du remix de She’ll Come Back For Indian Summer que The Royal Landscaping Society avait réalisé à l’occasion de la sortie de l’album d’Alpaca Sports. L’espace d’un instant, Cristobal Romero Suarez troque son costume d’indiepop kid pour celui d’heavy-rock star. La bonne humeur est aussi communicative que le set est une vraie réussite.

 

The Royal Landscaping Society

 

A nouveau, nous faisons le pied de grue devant la grande scène afin d’être les mieux placés possible pour apprécier le concert de Thee AHs. Si nous savions que la prestation serait de grande qualité, nous avons été bluffés par le spectacle. Le show est total : le chant est parfait, l’énergie est maîtrisée et l’interaction avec le public achève de charmer l’audience ; il faut reconnaitre que le groupe manie l’humour à merveille. En mêlant habilement nouveaux morceaux et titres plus anciens, les Canadiens ont délivré un set parfait. Avouons-le sans réserve : Thee AHs est bel et bien notre coup de cœur de l’année.

 

Thee AHs

 

Après tant d’euphorie, nous espérons bien faire partie des chanceux qui assisteront à un set acoustique de Marc et Graeme Elston à bord du train à vapeur qui relie Butterley Station au site du festival. Nous courons jusqu’au quai et sommes heureux de pouvoir monter dans le wagon afin de prendre part à une ambiance des plus intimistes... et des plus moites ! Cette atmosphère est pourtant propice à l’humour sec des deux frères. Entre stand-up et concert, la performance de la famille Elston est un véritable enchaînement de tubes, piochant tantôt dans le répertoire de l’un (Bulldozer Crash) et l’autre (The Love Parade).

 

Marc & Graeme Elston

 

Après ce nouvel instant privilégié et hors du temps, nous rejoignons les abords de la grande scène afin de découvrir Linda Guilala. A peine avons-nous le temps de nous familiariser avec les Ibères qu'il faut déjà nous presser à l'autre bout du site où le show de Dorotea a déjà démarré. La punk-pop des Suédois est irrésistible et nous touche en plein cœur. Les morceaux dépassant rarement la minute trente, c'est sur un rythme survolté que la foule s'agite. La joie est omniprésente sous le hangar.

 

Dorotea

 

Par la suite, nous décidons de « rester en Scandinavie » puisque nous nous rendons sous la tente de merchandising où Andreas Jonnson, Cristina Quesada et Miguel Navarro (the Felt Tips) nous font la surprise de revisiter de manière acoustique le répertoire d'Alpaca Sports. Assise religieusement, l'audience savoure ce moment insolite et délicat.

Après quelques minutes passées en agréable compagnie de The Spook School, nous préférons nous éclipser au profit de Joanna Gruesome. Malheureusement, nous sommes peu convaincus par la formation galloise. Malgré tout le bien que nous pensions de leur premier album et l'apparition notoire de Dean Wareham le temps d'un « duo », nous n'arrivons pas à nous laisser séduire.

Nous voici donc à nouveau auprès de la grande scène pour assister au concert des Popguns. Tout comme à Paris quelques mois plus tôt, les Britanniques démontrent qu'ils n'ont absolument rien perdu de leur fougue. Le groupe s'offre bien plus qu'une seconde jeunesse et il suffit d'observer la foule extatique lors de Waiting For The Winter pour mesurer l'aura des Popguns. D'ailleurs, nous préférons clore notre soirée de concerts sur cette jolie note.

Dimanche, sur les conseils avisés de nos amis hispaniques, nous arrivons tôt sur le site pour ne rien manquer d'Axolotes Mexicanos. Grand bien nous en a pris : le trio est une véritable bonne surprise qu'il semble facile mais non moins juste de qualifier de version juvénile et espagnole d'Helen Love.

 

Axolotes Mexicanos

 

Après cette haute dose d'énergie et d'humour, nous nous aventurons du côté de la scène couverte où The Swapsies a déjà entamé son set. Le quintette anglais est également à ranger du côté des jolies découvertes. Mélodiques et bien pensées, les chansons s'enchaînent avec légèreté.

Notre curiosité nous invite ensuite à jeter un œil à The Thyme Machine. Si le costume du chanteur nous effraie, son humour nous rassure et nous restons en sa compagnie jusqu'au concert de No Ditching.

Après avoir écouté le morceau qui figurait sur la compilation du festival, nous étions impatients d'en découvrir davantage sur le girls band. Nous avons malheureusement été déçus par la performances du groupe et préférons alors écourter notre expérience afin de s'assurer une bonne place au sein de la chapelle où nos compatriotes de Watoo Watoo s'apprêtent à livrer un show des plus séduisants.

Le duo bordelais apporte une touche d'exotisme au festival et de nombreux fans de la première heure se sont pressés pour profiter du spectacle. Le charme opère parfaitement; les lignes de basses et l'humour de Michaël associés à la voix douce et candide de Pascale auront eu raison de la capacité d'accueil de l'église. Cette dernière est en effet pleine à craquer lorsque les dernières notes du tandem y retentissent.

 

Watoo Watoo

 

Nous fonçons à présent sous le hangar où la France continue d'être à l'honneur. Ce n'est pas peu dire face à la vitalité débordante de The Wendy Darlings. Le quatuor semble au meilleur de sa forme et le public s'en retrouve littéralement électrisé. Les titres fusent et l'on assiste à un véritable feu d'artifice « punk-pop ». Les Auvergnats confirment haut la main tout le bien que nous avions pensé de leur premier album paru quelques mois plus tôt.

 

The Wendy Darlings

 

C'est donc le sourire aux lèvres que l'on s'approche de la grande scène pour écouter Bordeauxxx. Après une surprenante mais non-moins sympathique reprise des All Saints (Pure Shores), nous devons déjà nous précipiter de l'autre côté du site pour retrouver The Hobbes Fanclub dont c'est le premier concert depuis presque dix mois.

Malheureusement, cela se ressent quelque peu et le trio nous paraît un brin timoré. A quelques jours de la date de sortie de leur tout premier album chez Shellife, nous nous réjouissons tout de même d'en découvrir les prémices.

Toutefois, et cela fait partie intégrante de l'expérience Indietracks, nous faisons le choix de prendre la poudre d'escampette pour être certains de ne rien manquer de The Very Most. Sur la grande scène, Jeremy Jansen est parfaitement accompagné. En effet, le musicien s'est entouré d'une équipe de choc composée de membres de Yakuri Cable ainsi que de Vinnie Ransome (The Mini Skips) aux choeurs. Pièce centrale de cette formation éphémère, Jeremy nous fait alors prendre toute la mesure de son talent de songwriter. Nous savourons notre chance de pouvoir enfin profiter en live des ballades mélodiques du groupe. Il y a fort à parier que l'Américain ne refera pas le chemin depuis l'Idaho tous les ans et nous profitons donc de chaque seconde.

 

The Very Most

 

A peine sommes-nous remis de nos émotions qu'un autre grand moment nous attend : le concert de The Yearning dans la chapelle. Le duo – devenu quatuor pour l'occasion – donnant très peu de représentations, nous avions donc mis un point d'honneur à ne pas manquer celle qui s'offrait à nous. Après moult faux départs sans aucune conséquence, nous sommes tout simplement subjugués par l'enchantement musical auquel nous prenons part. Maddie Dobbie, de sa jeune voix angélique, transcende véritablement les compositions de son accolyte, Joe Moore. Le temps semble suspendu. Nous nous rendons vite compte que nous assistons à n'en pas douter à l'un des tous meilleurs concerts du week-end. Nous espérions beaucoup de ce concert et nos attentes ont été bien plus que récompensées.

 

The Yearning

 

Contrairement aux apparences, l'horloge ne s'est pas arrêtée de tourner et les Flamates sont d'ores et déjà en train d'enflammer la grande scène. La jeune Lisa Bouvier démontre qu'elle a parfaitement repris le flambeau de Debbie Haynes et les vieux tubes d'antan résonnent comme des hymnes de notre temps.

C'est d'ailleurs durant le refrain imparable d'I Could Be In Heaven que nous adoptons la stratégie de nous diriger vers l'église où nous attend Screen Prints. Une fois encore, l'intimité des lieux rend le moment unique. Nous ne saurions vraiment expliquer pourquoi mais le trio dégage beaucoup de sympathie. S'agit peut-être tout simplement de charme ? Une chose est certaine, les Mancuniens nous proposent un set aussi captivant que séduisant, ponctué par un moment de grâce : une superbe reprise de Cling Film de The Sea Urchins.

 

Screen Prints

 

Tout comme la veille, nous décidons que l'instant est parfait pour terminer notre journée de concert. Nous attendons alors tranquillement les ultimes DJ sets où nous nous donnerons une dernière fois l'illusion que la fête est bien trop belle pour qu'elle se termine aussi vite...