Comme pour tout bon casse-croûte, le menu se décrit souvent par le milieu. Entre deux tranches de pain pop et électro - Monster Children et The Rambling Wheels - Lapin-Machin tire son épingle du jeu en proposant un set tournant faussement branque. La lo-fi comme alibi se transforme en fête indiepop au sens noble.
Direction Oberkampf pour un concert à l’International. Une boussole à l’envers plus tard, je pénètre dans l’endroit attrapant au passage un pastis fort peu nourrissant.
Monster Children, qui étrenne la soirée, est à peu près au milieu - tiens, tiens ! - de son set. Usant de compression vocale tout en douceur, je m’étonne de leur jeunesse et de leur maîtrise harmonique: clavier analogique, rythmique downtempo entourant Laurie, chanteuse à la tonalité claire et impeccablement dynamique. Sur scène, ça me fait penser à deux centimètres à Life Without Buildings, à condition que cette jolie voix maîtrisée opte pour le cri strident et la rupture lacrymale. Sur disque, pas vraiment. Une pop très bien orchestrée.
Le dernier concert est assuré par The Rambling Wheels. Rien à dire pour ma part. Pas ma came. Là encore, beaucoup - trop cette fois ? - de maîtrise et d’énergie. Un sens du spectacle qui fait immédiatement penser à une sorte de The Hives électro-pop: sapage uniforme, jet de jambe sur les temps forts des guitares, saut commun pour le final des morceaux - gare au plafond, c’est l’International, pas Dour Festival ! -. Je monte à l’étage boire un verre au calme et écouter d’une oreille distraite les morceaux sur le retour video.
Entre les deux - si si, on y est ! - les Lapin-Machin m’ont ravi au moins jusqu’au lendemain matin, vers 14h30. D’une certaine façon, ils ont le cousinage assumé avec Herman Düne (qui ne l’a pas ? Je pense même avoir reconnu le barbu à l’anniversaire de ma tante Jacqueline !) et la scène d’Olympia. On les imagine se mélangeant les cordes de guitare avec The Blow ou encore The Microphones. La filiation avec Kill Rock Stars est moins évidente, du fait que la tension souvent entendue ici est plus en retrait là. Il y aurait davantage en commun avec les quelques figures de l’anti-folk, registre dans lequel ils ont débuté. Aujourd’hui les guitares sont plus affûtées et la formation à géométrie flottante. Sans artifice, les échanges d’instruments permanents durant leur set, et quelques fois au cours d’un même morceau, démultiplient leurs atouts harmoniques. Et au final, je déguste un délicieux bonbon pop lo-fi. Peut-être manque-t-il la pertinence mélodiques de leurs aînés. Quoiqu’il en soit, leur prestation scénique fût équilibrée et stimulante. A l’étage, la chanteuse m’apprend qu’ils n’ont toujours pas de label. Hard to be a band comme ils le disent sur un titre.
Je rentre en taxi beaucoup trop tard après le mix des Lapins, rassérénés de Beat Happening à qui on a coupé les basses pour cause de voisins récalcitrants. Le lendemain, j’écoute les Lapin sur internet et je suis moins emballé que la veille au soir. Ils mériteraient peut-être les conseils bienveillants d’un producteur malin, d’un parti-pris sonore, et d’un anglais... mieux prononcé. Pfff, ce fût une excellente soirée.
