Après presque deux ans d’attente, Adam Green revient enfin. En effet, son nouvel album, Minor Love, est sorti le 8 Janvier dernier chez Rough Trade.
Aux premiers abords, Adam semble revenir à ses racines anti-folk lo-fi (Moldy Peaches): un son un peu granuleux, une voix sur le fil, une instrumentation simpliste centrée sur la guitare acoustique (Breaking Locks); on est loin du crooner aux tendances orchestrales de ses derniers opus. On ne peut pas dire non plus qu’il continue avec les violons à la Jessica, ou qu’il en soit resté à Jorge Regula. Notre junkie new-yorkais préféré offre tout simplement un album volontairement minimaliste et légèrement bancal comme lui seul peut le faire.
Dès la première écoute, l’inspiration principale d’Adam saute aux yeux: Lou Reed période Coney Island Baby. Inutile de vous dire que Minor Love transpire le rock new-yorkais, en noir et blanc torturé, de l’ancien frontman du Velvet Undeground: on connaissait déjà l’admiration que porte Adam Green pour ce dernier. Give Them A Token, Bathing Birds ou Buddy Bradley pourraient sans problème être des productions de Reed s'il avait eu la vingtaine dans les années 2000: simples et racées, des lignes mélodiques fines mais entêtantes, juste ce qu’il faut de kitsch et une voix un peu chevrotante.
Et c’est au bout de la deuxième écoute que j’ai réussi à mettre le doigt sur ce à quoi Minor Love me faisait penser.
Je vais vous entendre hurler. Mais essayez d’écouter Goblin sans penser à Gainsbourg Percussions, et imaginez une version française de Lockout; vous allez entendre Gainsbourg, sans même avoir besoin de changer la rythmique vocale. Gainsbourg s’était d’ailleurs lui même beaucoup inspiré de Reed.
Si on pousse le vice jusqu’à aller voir le clip de Breaking Locks on pourra y apercevoir, au bout d'environ 15 secondes, un certain vinyle posé sur le bureau d’Adam… Si cette preuve ne vous suffit pas, alors vous êtes de mauvaise foi.
Après un petit clin d’oeil electro-rock à sa pote Peaches (Oh, Sucks) et un détour par une folk à la Johnny Cash (Boss Inside, Blacken My Stay), Adam finit par nous convaincre qu’il est en train de murir. Il nous offre ici ce qui ressemble quand même pas mal à un album de transition vers une épure rock dont on à hâte de connaître la suite.
Minor Love est donc un disque homogène aux mélodies simples et incisives, mais qui ne réussit pas tout à fait à transformer l’essai. A force de vouloir rester dans son cadre, Adam ne réussit pas à nous offrir plus que de simples airs qu’on sifflote une ou deux minutes avant de les oublier. L’absence de producteur se fait sentir. Adam Green a le groove et le sens du rythme décalé, mais il n’a toujours pas le sens de la finition. Heureusement, on ne lui en veut pas et on profite de cet album avec plaisir en attendant la suite.
[2010 - Rough Trade / Beggars]
