Blockhead, un nom que l'on tend irrémédiablement à associer à celui d'Aesop Rock. Pourtant, avec The Music Scene, le producteur new-yorkais apporte déjà une quatrième pierre à l'édifice de sa carrière solo.
En douze chapitres, Tony Simon nous fait parcourir tout autant de milliers de kilomètres à travers le monde, tout autant de décennies à travers les âges. Egrainant un par un les samples de son étonnant chapelet d'ambiances, Blockhead, tel un joailler, en polit ou en taille la surface lorsqu'il n'extrait pas l'essence de leur état brut. Aux basses funky de Tricky Turtle, se mélangent cuivres jazzy et mélodies orientales. Plus actuel, l'usage détourné de l'autotune dans Four Walls n'en est probablement pas moins ironique. Et de la soul rythmée d'Only Sequences Change, on plonge dans les ténèbres de The Daily Routine et ses extraits de débats entre narcotiques. La richesse des influences est d'autant plus bluffante que le New-Yorkais parvient à les faire cohabiter. Si le fil peut parfois s'emmêler, jamais on ne le perd.
Mais ce qui innove le plus dans cet album, c'est le travail de Blockhead autour de la rythmique. Elle ne semble plus être le ciment de ses productions. Au contraire, il les alterne et les adapte aux atmosphères déjà créées. Parfait exemple, It's Raining Clouds et son amorce tribale downtempo ne laissent rien présager du psychédélique final drum'n'bass.
Ainsi, à la croisée de nombreux détours, The Music Scene dessine l'univers musical d'un artiste qui roule tranquilement sa bosse dans l'ombre. A moins d'être réfractaire au hip-hop instrumental, en partageant les états d'esprit de Blockhead, vous gagnerez à ouvrir le vôtre.
[2010 - Ninja Tune / PIAS]
