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El Boy Die - Black Hawk Ladies & Tambourins

El Boy Die - Black Hawk Ladies & TambourinsSi on devait prêter à Black Hawk Ladies & Tambourins des intentions fictives, alors, on pourrait très bien l’envisager comme la bande originale d’un film dirigé par Spike Jonze, où la cour du roi Arthur se serait égarée dans une forêt quelconque. Sans établir trop de ressemblance générique ou thématique, on peut placer ce second album d'El Boy Die dans la lignée du travail accompli par Karen O & The Kids pour l’adaptation de Where The Wild Things Are. La différence réside dans le fait qu’il n’y ait ni album d’images, ni long-métrage pour illustrer les propos de ce jeune Français exilé au Canada. Tout sort directement de l’imaginaire du musicien.

 

On ne peut plus cinématiques, les huit pistes s’enchainent comme les séquences d'un film et racontent une histoire dont le décor est planté dès l'introductif This Is The Sound. A la manière d’un troubadour spécialisé en psyché-folk, une voix d’enfant nous annonce que le voyage des dames aux faucons noirs est sur le point de nous être conté. Chaque titre renferme plusieurs mouvements qui sont autant de rebondissements dans l’épopée de ces Black Hawk Ladies. Divers procédés ajoutent au côté scénarisé de cet album. Des voix d’hommes et de femmes, se donnant presque la réplique, entretiennent un effet de dialogue. Les clappements, les grelots, les flûtes et les violons seraient à compter aux rangs des accessoires utilisés par les protagonistes.

La puissance médiévale qui ressort du disque est parfaitement synthétisée par le second morceau: Dead Kings. L’évocation de châteaux en feu, la marche martiale suggérée par les percussions sont autant de faits qui viennent appuyer notre théorie. Under My Broken Tree, véritable hymne à l’amour, semble également se nourrir de cet univers. Sur fond de guitare et piano, des chants de femmes et d’hommes s’échangent la promesse suivante: « Under my broken tree: we fall in love; and I swear to love you for ever and ever ». Dans les écrits médiévaux, la plupart des rencontres amoureuses se faisaient au pied d’un arbre. Sans aller jusqu’à l’étude comparée entre cet album et les aventures de Gauvain et autres chevaliers de la table ronde, il serait dommage de croire à la coïncidence tant l’écriture d’El Boy Die paraît soignée.

Avec la piste finale, ce n’est pas le Stairway to Heaven que l’on emprunte, mais bien le Pathway to Heaven. L'arrivée des sonorités plus électriques peut laisser croire à un léger clin d’œil d'El Boy Die au titre de Led Zep’. Ce morceau entraine son auditeur dans un tourbillon qui le mène inexorablement vers la fin de l’aventure et de l’album. Le contenu de l’histoire reste finalement assez mystérieux et peut être interprété au bon vouloir de chacun. A moins d’être réfractaire au genre, vous aurez donc du mal à appuyer sur le bouton pause de votre tourne disque tant la réalisation est précise. Rien n’est laissé au hasard. Aussi, vous retrouverez bon nombre de guests tous aussi talentueux les uns que les autres. Pensons notamment à Neman Düne aux percussions.

 

En définitive, Black Hawk Ladies & Tambourins n’a pas la prétention d’être un album à tubes. Aucun morceau ne sort franchement du lot et seule une écoute intégrale en révèlera la vraie nature. Mais si vous aimez que l'on vous conte des histoires ou que la folk aseptisée vous ennuie profondément; alors il se peut que vous trouviez ici votre bonheur.

 

[2010 - Semprini / Differ-Ant]

 

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