Bien que Romance Is Boring puisse être considéré comme le troisième LP de Los Campesinos!, le groupe préfère l'envisager comme son second. Sorti le 1er février, cet album se décline en quinze pistes et tout autant de surprises.
Si ne pas être familier avec l’univers du groupe vous empêchera probablement de jauger l’hypothétique assagissement des sept Gallois de Los Campesinos!; cela ne devrait cependant pas être un obstacle à la pleine appréciation de ce très bon nouvel opus.
In Medias Res, ouverture de l’album, pose immédiatement les conditions du contrat: «Let’s talk about you for a minute».
Encore une fois mises en lumière, les qualités d’écriture du leader Gareth Campesinos sont un, si ce n’est l’atout majeur de la formation. Son talent s’illustre par exemple dans l’ingéniosité des titres des chansons: A Heat Rash In The Shape Of The Show Me State, Or Letters from Me To Charlotte, ou I Just Sighed. I just sighed, Just So You Know, ou encore I Warned You Do Not Make An Enemy Of Me.
D’ailleurs, c’est vrai, grand mal vous en prendrait si vous décidiez de lancer une petite pique à Gareth Campesinos. Son côté cabot, ses tweets et autres blogs très mordants ont fait de lui un personnage incontournable sur la toile ces derniers mois. Si toutefois, vous n’étiez pas encore dans la confidence, alors rattrapez votre retard et lisez le Twitter du groupe en écoutant cet album. Vous comprendrez alors pourquoi le mot «univers » revient si souvent quand on évoque Los Campesinos!. Vous découvrirez aussi à quel point nos «paysans» gallois sont proches de leurs collègues et amis. A ce sujet, il est bon de signaler que Jamie Stewart (leader de Xiu Xiu) chante sur le deuxième mouvement d’In Medias Res. Sa présence apporte une touche d'exotisme à l’album. Parmi les invités, on note également la participation dans les chœurs (sur plusieurs chansons) de Zac Pennington, leader des Parenthetical Girls, autre coup de cœur de Gareth Campesinos.
Aussi dansante qu'en retenue,These Are Listed Buildings est l'introduction quasi-parfaite à ce qu’on pourrait vulgairement qualifier de «tube de l’album». En effet, le titre éponyme n’a pas été choisi au hasard. Il est l’efficacité même. Tout y est minutieusement étudié: les riffs de guitares énervés, les montées en puissances jusqu’à ce refrain des plus entêtants («You’re pouting in your sleep, I'm waking still yawning…»). Romance is Boring se définit un peu comme un hymne pour sales gosses ne croyant pas vraiment aux clichés amoureux.
Et justement, d’amour, il en est souvent question. Trois morceaux se font écho dans une sorte de décompte d’un top des ruptures les plus douloureuses. Les skits 200-102 et Heart Swells/100-1 annoncent respectivement le début et la fin du classement. En toute logique, le très réussi Straight At 101 raconte «l’amour déçu» numéro 101. Morceau clef de l'album, on ne se lasse pas de cette catchphrase si bien trouvée: «I think we need more post-coïtal and less post-rock.». Pour l’anecdote, on précisera que le groupe a été agréablement surpris d’entrer au classement des meilleurs ventes britanniques directement à la cent-unième place (straight at 101). Si ce n’est musicalement pas très instructif, cette coïncidence méritait d'être relevée.
La fin de l’album - l’acide I Just Sighed. I Just Sighed, Just So You Know mis à part - est beaucoup plus sobre qu’à l’acoutumée. On comprend enfin en quoi Los Campesinos! se sont assagis. Musicalement, c’est bien plus propre, moins cacophonique. Exit l'usage quasi-systématique de jouets ou de xylophones. Pourtant, l’utilisation du glockenspiel avait fait l’image de marque du groupe. En la réduisant, un tournant moins tweecore est désormais pris. The Sea Is A Good Place To Think Of The Future illustre ce changement. Cette ballade sombre, poignante de vérité, raconte sans fausse note l’anorexie d’une jeune femme.
En guise de conclusion: une piste presque shoegaze (Coda: A Burn Scar In The Shape Of The Sooner State) et une réflexion intéressante: «I can’t believe I chose the mountains everytime you chose the sea.»
De notre côté, on est bien contents que Los Campesinos! aient choisi de revenir auprès du producteur de leurs débuts: John Goodmanson. Car si la romance n'est qu'ennui, force est de souligner que cet album ne l’est pas du tout.
[2010 - Wichita Records/Cooperative Music]
