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Neverever - Angelic Swells

Neverever - Angelic Swells

De nos jours, la tentation est grande pour les Producteurs de Spectacles de s’emparer de la moindre anecdote et de l’adapter en comédie musicale. Cependant, si Broadway cherchait à racheter les droits de l’histoire de Bonnie & Clyde, le groupe Neverever pourrait bien leur coller un procès pour plagiat.

 

 

C’est en effet une fable sur la transgression, les canailles et les brigands que racontent Monsieur et Madame Meek - couple au bistrot comme derrière le micro - à travers leur magnifique premier essai musical conjoint: Angelic Swells. Rappelons subrepticement que l’accusée femelle avait déjà sévi au micro de The Royal We et que l’accusé mâle agrandissait les rangs de Bricolage.

Les chefs d’accusations sont nombreux et irréfutables. Il y a inceste dès la seconde piste. Blue Genes, aussi malicieuse qu’entrainante, raconte l’histoire d’un frère et d’une sœur qui, en plus de partager leurs gènes, partagent aussi leurs blue-jeans («genes» et «jeans» étant homophones dans la langue de Robert Redford).

Jihae et Wallace Meek ne s’arrêtent pourtant pas là; des menaces de mort sont ainsi proférées dans Teardrop Tattoo. Dans ce que nous proclamerons «véritable tube de l'album», la jeune femme désire ne pas devenir le «teardrop tattoo» de l’être aîmé. Ce tatouage, en forme de goutte d’eau, est souvent utilisé par les gangsters pour symboliser les meurtres qu’ils ont commis.

A ces menaces, s’ajoutent les tentatives de meurtres à caractères raciaux de Cowboys & Indians. Il y a également attentat aux mœurs dans l'excellent Coconut Shampoo qui laisse part aux roucoulades impudiques des deux jeunes amoureux. Quoi de plus logique pour clôturer cette liste de faits accablants qu’un bon petit délit de fuite dans Young Runaways !?

De quelles armes les Neverever ont-ils usé pour parvenir à leurs fins criminelles ? Il est bon de préciser que le couple est à la tête d’une organisation multinationale. Wallace l’Européen insuffle toute sa force glasvégienne pour faire résonner une pop des plus acérées dans la musique du groupe. Quant à Jihae, on retrouve tous les gangs de Los Angeles dans l'écho de sa voix. Cette sorte de légitimité californienne fait que Neverever flirte avec la pop des Beach Boys et le rockabilly des 70s. De ce mélange explosif sont donc nés onze véritables hymnes à la liberté, on ne peut plus festifs et entêtants.

Est-ce la seule tactique mise en place par ce duo infernal pour accomplir ce coup rondement mené ? Eh bien non, les deux amoureux ont même été jusqu’à utiliser le fameux piège de la Sirène, un subterfuge peu employé depuis Ulysse. La voix velouté de Madame Jihae Meek, qui envouterait le plus sobre de tous les marins, semble bien valoir son titre au disque - Angelic Swells signifiant «remous angéliques». Il faut reconnaitre tout le caractère aquatique de cet album dont les chansons liminaire et finale se déroulent sous l’eau: sous la pluie pour Here Is Always Somewhere Else, puis dans les profondeurs sous-marines pour Underwater Ballet. Cette impression appuie ainsi l’effet cinématique présent tout le long de l’œuvre et nous englobe dans cette histoire à la moiteur quasi-érotique.

 

Quelle sentence appliquer à ces malfrats ? Eh bien strictement rien pour Meek et Meek; quant aux auditeurs - odieux complices de ces deux gredins et de leurs musiciens - nous leur promettons une irrépressible envie d’appuyer sur le bouton «repeat» à la fin des 33 minutes d’Angelic Swells. Le véritable crime dans tout cela serait donc de passer à côté de cet album détonant où passion, luxure, crime et jeunesse ne font qu’un pour réjouir les oreilles de tous. Nous ponctuerons ce récit en suggérant Angelic Swells comme bande son parfaite pour rythmer vos trajets quotidiens; la sensation d'être au volant de votre cabriolet sur la route 66 ne vous aura jamais paru aussi réelle.

 

Disponible chez: Hands And Arms (CD, Vinyle)

[2010 - Slumberland Records]

 

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