Au pays du folk, il existe désormais presque autant de régions que chez son voisin de la pop. Loin de la récente vague à laquelle nous avons pu assister ces dernières années, Phosphorescent, dont Here's to Taking It Easy est le cinquième LP, parade plutôt sous la bannière ensoleillée de l'americana.
D'emblée, l'entraînant et presque pittoresque It's Hard To Be Humble (When You're From Alabama) annonce la couleur. Oui, Stuart Murdoch est toujours écossais et non, il n'a pas décidé de se mettre à chanter d'une voix chevrotante. Celui qui répond aux echos majestueux de cette ligne de cuivres enjouée est bel et bien Matthew Houck. Et si, cette introduction passée, l'ambiance festive de ce début d'album retombe quelque peu, son esprit carnavalesque demeure par contre intact. L'émotion pointe alors rapidement le bout de son nez; pour preuvre ce superbe mariage de guitares claires durant The Mermaid Parade, véritable fil conducteur allégorique du récit d'un amour perdu dont la nostalgie ne cesse pourtant de nous hanter. D'ailleurs, la jolie ballade I Don't Care If There's Cursing et son piano frétillant nous permettent de remarquer à nouveau que le leader de Phosphorescent manie habilement la plume. On se laisse alors emporter par les allégations sentimentales de Tell Me Baby (Have You Had Enough) avant de tomber sous l'emprise de l'ensorcelant et paradoxalement ténébreux Hej, Me I'm Light. La bonne humeur ressurgit à nouveau au travers d'Heaven, Sittin' Down et ses faux-airs d'hymne country. Après ce soupçon de gaieté, nous pouvons alors plonger dans les neuf minutes finales du lancinant et mélancolique Los Angeles.
L'expérience Here's To Taking It Easy terminée, il est difficile de ne pas voir en Matthew Houck l'un des descendants spirituels de Neil Young. Loin de la notoriété du géant canadien, Phosphorescent porte ainsi très bien son nom. En effet, quelque part dans l'ombre, ce groupe parvient à briller.
[2010 - Dead Oceans / Differ-Ant]
